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Philosophie incarnée

07/10/2026

Le Douanier Rousseau peint des jungles, des lions, des charmeurs de serpents, des paysages dont l’exotique est en vogue, il n’a jamais quitté la France. Bergson aura écrit à propos de mémoire et de phénoménologie, Hume, Husserl dans ses Leçons sur la conscience intime du temps. Ce sont des questions que beaucoup ont approchées. Elles ne sont pas l’expérience de corps dépossédés de leur mémoire. Elles ne sont pas cette confrontation autrement difficile. Cette mise en jeu particulière au réel et qui jette contre lui le corps comme mesure, comme instrument. J’aime la façon dont l’anglais pourrait décrire ce jeu d’emprises, embodied philosophy. Je lui trouve une corporéité, justement, que le français ne sait pas. Les plantes maîtresses et qui altèrent peuvent être comprises comme des moyens de cette chose-là, certaines molécules de synthèse aussi. Je pense à la kétamine, par exemple, et qui en bloquant les canaux de certains récepteurs NMDA et en désorganisant la construction d’événements cohérents peut empêcher le travail de la mémoire. L’expérience d’une conscience y est éprouvée, risquée au réel par un corps qui en mesure les espaces et les possibles. Mon amour pour embodied philosophy vient sans doute de là, de cette image qui me vient alors que j’écris ici. Celle d’Albrecht Meydenbauer et qui, architecte mesurant une façade de la cathédrale de Wetzlar suspendu dans une nacelle quelque part en 1858 avant que des solutions à la fois plus pratiques, moins dangereuses mais qui placent aussi le corps à d’autres distances, ne soient disponibles. Il serait temps que la réalité commence, le titre du texte de Harun Farocki et dont cet exemple est l’introduction dit ces distances-là. Il appelle. Je crois que c’est important. Je crois que c’est ce que nous tentons de faire.

  • Théorie esthétique
  • Kétamine
  • Dissociation