Breakthrough et langage
05/07/2026
Un breakthrough total, mais, et l’expérience était particulière en cela, en cela que je pouvais penser. 'Je' ici fait bien peu sens, disons qu'une pensée avait un fil, et disons que ce fil était localisé comme une onde peut l'être. J’écris ici en métaphore, c’est peut-être un peu facile et, pourtant, il y a ici quelque chose de ce qui sépare l’expérience du N,N-DMT de celle du LSD. Le LSD travaille avec le matériel biographique, il le tire, le montre, le tord, le déplace et le déploie et puis, et puis c’est la vallée de miroirs, et l’ordalie qui pèse l’âme, fût-ce la dose suffisante. Le DMT est différent, il y est une note, un appel à résonance, Tune in y prend une corporéité que le LSD ne possède pas, pas de cette manière, pas avec cette sensorialité anhistorique. Une pensée, une pensée suffisante pour interroger la nature et le mouvement de cette rencontre avec quelque chose qui n'était pas quelque chose. Et c'est là, juste là, le nœud de l'expérience et le vertige absolument radical qui la tient autant qu'il m'a tenu. À la fin, j’ai finalement bougé le bras, la main que je tenais haute depuis probablement plusieurs minutes, je l’ai baissée et, presque d’un commun accord, le mouvement a cessé d’être le mouvement. Je suis resté immobile longtemps, j'essayais de trouver des mots qui ne trahiraient pas, qui ne réduiraient pas parce que le sublime, cela ne se dit pas. Il faut de la pudeur, et les mots parfois ont le ridicule d'un tribunal. J'ai repensé au haussement d'épaules du preneur d'images du fameux texte de Deligny, le haussement d’épaules du preneur d’images et qui comme un trognon d’envol qui n’a pas lieu raconte une impuissance, un désespoir aussi. Et moi j’ai ri, j’ai tellement ri et j’ai haussé les épaules, assis sur une sorte de banc sur un balcon quelque part dans le nord de la France, assis et revenu, tout juste revenu d’un envol si loin, si loin que taire m’était la seule chose possible. Comment ne pas trahir ? Quelque chose qui n'était pas quelque chose, un jaillissement de paradoxes impossibles qui m'ont laissé suffisamment de moi pour que je puisse penser alors même que j'en étais le témoin. Suffisamment de moi pour que je puisse dire, et, aujourd'hui, me souvenir des mots. Si du reste, presque tout a disparu, les mots restent. Penser, sans penser, mouvement, sans mouvement, quelque chose et en même temps ce n'est pas cela. J'insiste. Seigneur j'insiste. Ce n'est pas que la langue ne peut pas traduire l'expérience, il ne s'agit pas de cela, le trouble est bien plus profond, l'expérience elle-même y est faite d'une matière impossible. Elle a ri et presque d’un commun accord, le mouvement a cessé d’être le mouvement. J’ai ouvert les yeux. On y parle d'altérité, pendant la matière. Et bien voilà.