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10-08-2026

08/10/2026

Dans son approche de la psychothérapie psychédélique au LSD qu’il développe dans le cadre de sa psychologie transpersonnelle, Stanislav Grof parle de mort–renaissance psychospirituelle au sujet de ce que les contre-cultures et espaces underground appellent mort de l’égo, et qui semble dire comme une version plus radicale de la dissolution de l’égo. Ce phénomène désigne un endroit de l’expérience où la possibilité de Soi est dissoute, ou, tout simplement meurt. Il s’ensuit un retour graduel et très souvent frappé d’une hébétude qui tutoie le sacré. La terminologie peut sembler symbolique, ou même abstraite, il faut comprendre l’absolu de l’expérience subjective ici. L’expérience du réel est les résultats d’un agencement particulier de différentes parties du cerveau, du corps, de nos récepteurs, hormones et de bien d’autres choses encore. Une négociation. L’expérience de Soi, du soi biographique mais de l’endroit, aussi, de l’endroit-sujet de l’expérience, l’endroit où l’on se constitue comme sujet de celle-ci, eh bien, cet endroit est, lui aussi, une négociation. Il est, lui aussi, les résultats d’un agencement particulier de différentes parties du cerveau, du corps, de nos récepteurs, hormones, de nos chairs et de bien d’autres choses encore. Ces endroits, nous n’en comprenons pas tout, pas encore, et jamais peut-être. Malgré tout aujourd’hui quelque chose me semble évident et lourd, la mort de l’égo n’est pas une métaphore, et sa relative efficacité clinique observée en conditions contrôlées par Grof et d’autres (une réduction marquée des comportements addictifs sur six mois, puis un retour en arrière) semble montrer que, oui, quelque chose advient. Grof rattachait ces vécus à ce qu’il appelait des matrices périnatales, des correspondances symboliques ou expérientielles aux étapes de la naissance et qui succèdent à l’anéantissement accompagnées de sentiments d’unité profonde avec le monde et d’une immense paix intérieure. C’est à cet endroit, très probablement, que bien des bascules mystiques adviennent. On y rencontre quelque chose de Dieu, du Divin, du sublime. Cet endroit succède à la mort. C’est une phrase que, jamais, je n’aurais pensé écrire. Elle pèse. Il faut en sentir le sens. Elle n’en a pas en dehors des expériences les plus violentes, celles qui terminent, celles dont on ne pense pas la suite, tout simplement parce qu’elle nous est impossible. Elles n’ont pas le moindre battement de cœur supplémentaire, elles contiennent et achèvent, dans un dernier souffle qui finit de dire tout le reste. Mes lèvres avaient été jetées contre le sol. Je ne savais rien d’avant. Il n’y avait pas d’avant. Cela faisait plusieurs jours que je tentais quelque chose avec de la kétamine. Je la rejoignais comme une amante. Les molécules et les plantes maîtresses sont souvent des femmes pour moi, je ne saurais dire pourquoi. Il n’y a pas d’érotisme, il y a parfois de la séduction, parfois il y a de la maternité, parfois encore, il y a du spirituel, du sacrement. Je gisais. Quelque chose, quelque chose d’une intention, ou d’un accident, m’avait retiré mes os. La kétamine à forte dose, chez moi, ne produit rien d’un cheminement ou d’un voyage qui serait séparé d’un réel qu’il me suffirait de rejoindre d’un haussement d’épaule, ou depuis lequel je serais, plus ou moins facilement capable, de me souvenir de comment ou même pourquoi je suis arrivé ici. Non, ici, j’y gisais, dans mes chairs sans os, avec mes bras sans os, avec mes doigts sans os et je n’avais pas la moindre idée de comment j’avais été jeté là et peut-être pour toujours comme un sac humide et lourd. Je ne savais plus rien de moi, pourtant, j’étais encore. Je n’avais pas peur, pas encore, je sentais la terreur juste à l’orée de moi mais elle n’avait encore pas véritablement de prise. Je tentais d’évaluer ma situation, mes possibles. Je regardais mes mains, presque tordues, mes doigts et qui n’avaient plus rien des miens. J’allais mourir de la façon la plus grotesque. Étais-je le seul dans cette situation ? Je n’étais pas capable de m’inquiéter pour d’autres. J’ai lu, il y a longtemps maintenant, à propos des délires de la datura. Ici, moi, je ne délirais pas, c’est le monde qui me délirait. Mes pensées avaient tout de la cohérence sauf que voilà, on m’avait pris mes os. Je me souviens de moi, sur le sol, et je me souviens de l’ordinaire de tout le reste. C’est cela, c’est par là que l’horreur habite. Mes chairs n’avaient rien du fantasme ou du rêve, mon corps n’avait rien des sinuosités psychédéliques et de leurs enseignements. Cela a duré, je ne saurais dire combien de temps. Mais cela a duré. Avant que la terreur ne finisse son œuvre me voilà sur ma chaise, et je vis ce retour. Je reviens. Je reviens d’on ne sait où mais je reviens. Je traverse les lieux de la naissance et l’hébétude du sacrement qu’ils tutoient. Entre ces deux moments, quelque chose d’autre. Je n’en garde aucun souvenir.

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